De Fécamp à Ciboure, ma vie de marin – IV – Le Pays Basque

Ma dernière année à Terre Neuve, c’était en 1970. J’avais rencontré ma femme, mais je continuais Terre Neuve, c’était ma vie et puis ça gagnait bien. Un jour on m’appelle à la passerelle, j’avais reçu un télégramme : « Maman hospitalisée au Havre – de l’eau dans les poumons ». Là encore, je ne me suis pas monté la tête, mon optimisme a vite pris le dessus, mais malheureusement trois jours plus tard, un nouveau télégramme m’annonçait la mort de ma mère. Alors, j’ai décidé d’arrêter Terre Neuve après ce voyage et d’épouser ma fiancée. Étant divorcée, elle ne voulait pas d’un grand mariage, elle ne voulait que la famille et elle me dit qu’elle avait écrit à tous mes beaux-frères, dont celui de Bayonne, Marcel Balier qui était agent maritime. Celui-ci me répondit qu’il avait hâte de rencontrer la nouvelle madame Villard, et c’est ainsi qu’on est descendu à Bayonne en février 1971 pour y passer 15 jours.

J’ai alors rencontré Batitte Mourguy, actuellement adjoint au maire de St Jean-de-Luz chargé de la mer, et qui commandait l’« Iraty », bateau de la coopérative Itsasokoa qui congelait les sardines sur les côtes du Maroc, à Agadir. Et il me dit « c’est dommage, un armement de Ciboure va recevoir un bateau plus grand et cherche un officier mécanicien breveté, il y aurait du boulot pour vous, en plus avec votre expérience d’ancien de Terre Neuve… » Alors on se donne rendez-vous au Café du Port (maintenant c’est Le Suisse) avec un autre gars, Raymond Vergès, qui commandait en remplacement le « Biscaya ». Et Raymond me dit « je serais toi, j’irais plutôt voir Monsieur Soubelet, parce que l’ « Urdazuri » rentre demain avec 270 tonnes de sardines congelées, et lui il a besoin d’un gars comme toi ». Alors le lendemain je suis allé sur le quai, j’ai vu le bateau. J’ai demandé comment ils pêchaient et on m’a expliqué que l’« Untzin », le bateau annexe, tendait la senne la-bas, restait à Agadir, et nous on accostait la senne, on prenait le poisson, on le conditionnait et on le congelait. On faisait navire-usine en somme ! Et ça durait 3 semaines. On m’avait déjà proposé de partir sur un thonier, mais le thonier il partait 5 mois, et là, ma femme elle n’était plus d’accord.

Donc le lendemain, je rencontre le patron, Naño Aizpurua, qui me demande si le boulot m’intéresserait. Je répond par l’affirmative, il monte à la passerelle, il appelle l’armateur avec la VHF ; quelques instants plus tard je vois arriver un gars avec une blouse grise et des bottes : c’était Jacques Soubelet, l’armateur. Il connaissait mes anciens patrons et dans le quart d’heure, j’ai été embauché. C’est comme ça que je me suis installé au Pays Basque. D’abord une dizaine d’années à Anglet, mais comme j’étais toujours à St Jean-de-Luz, j’ai fini par acheter ici à Ciboure. J’avais toujours été attiré par les Pyrénées et le Pays Basque. Ma mère également : elle repeignais tous les ans sa charrette à poissons, l’intérieur en blanc, les côtés en vert et les rayons des roues en rouge ! Et quand elle avait trois sous, elle s’achetait du linge, et c’était toujours du linge basque !

J’aime le dépaysement, j’aime voyager, j’aime bouger… Quand je mange un bon morceau dans une cidrerie et que j’entends chanter en basque, je me régale. Quand je retourne à Fécamp et que j’entends le patois de mon enfance, je me régale. Ma compagne est québecoise et c’est pour moi un bonheur quotidien d’entendre ses expressions et l’accent de nos cousins d’Amérique du Nord. Il faut que je bouge, c’est presque maladif ! C’est beau le Pays Basque, mais j’ai toujours besoin de partir quelque part, pour revenir et me dire « que c’est beau ici » ; sinon, au bout d’un moment, je ne vois que la pluie !

 

iraty

Le navire congélateur « Iraty » (photo extraite du site de l’institut culturel basque)

 

 

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