Les boeufs

 

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Pour mon père, comme pour tous les paysans à l’époque, les bœufs attelés devaient non seulement être forts et en bonne santé, mais ils devaient également être beaux et harmonieux. C’était la fierté du paysan. Voici deux exemples qui montrent l’importance d’un bon attelage de bœufs.

Quand venait la saison de la batteuse, son arrivée se faisait par relais d’une ferme à une autre et la maison dont c’était le tour assurait son déplacement à l’aide d’un attelage de bœufs suffisant pour déplacer l’engin.

 

 

 


les-boeufs2Sauf que chez nous, pour accéder au lieu de battage qui se trouvait derrière la maison, il fallait la contourner et monter le court raidillon depuis la route et brusquement, tourner à gauche à angle droit et passer entre la façade de la maison et le mur qui clôturait le jardin. Or, ce passage, étroit, était sécurisé par un chasse-roue de chaque côté. Etant donné le poids de la machine et l’élan nécessaire pour réussir la manœuvre, on rajoutait à l’attelage principal un second attelage de vaches que mon père et mon grand-père, placés respectivement devant et derrière l’équipage, « appelaient » de leurs voix réunies dont le niveau sonore accompagnait l’énorme effort des bêtes qui ne devait faiblir sous aucun prétexte au risque de voir la batteuse reculer !

C’était un grand moment de stress comme on ne le disait pas encore. Mais il fallait surtout que le meneur ajuste la manœuvre avec une précision qu’aucun ingénieur n’avait enseigné à nos chers paysans qui possédaient ce sens inné de tant de choses !

Petite précision : chaque ferme (un peu nantie, tout de même) possédait, outre l’attelage de bœufs fierté de la maison, un attelage de vaches moins « noble » mais qui secondait le premier dans les tâches ordinaires ou en renfort des bœufs, comme pour la batteuse.

 

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Pour l’entretien des chemins communaux, il n’existait pas d’impôts locaux permettant leur financement. Alors, chaque ferme assurait le transport du gravier et du sable qu’on allait chercher sur les plages de Bidart ou de Biarritz.

Ce déplacement se faisait en « grand apparat » des attelages , c’est-à-dire, un beau « frontal » (kopetakoa) qui est l’objet qui recouvre le haut du mufle des bœufs, le joug était recouvert d’une peau de mouton et les bœufs eux-mêmes étaient protégés par la fameuse « mante à bœufs » (saïala) rayée de rouge et de bleu, si prisée aujourd’hui par les amateurs de tissu basque.

J’ai trouvé ces cartes postales anciennes intitulées « attelage basque sur la plage », mais personne ne dit ce qu’il y faisait ! Evidemment pas du tourisme car l’aller et retour prenait bien une journée. Cette contribution d’intérêt général s’intitulait « malobrak » (littéralement : manœuvres).

 

Christiane Urkia-Martin

 

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